Histoire héraldique des comtes de Comminges – branche de Comminges d’Aspet

Le comte Dodon, dit Bernard III de Comminges (comte de 1153 à 1176)2.

Son fils aîné lui succéda à la tête du comté sous le nom de Bernard IV. Le cadet Gui, reçut la seigneurie de Savès qui s’étendait sur une vingtaine de kilomètres, entre Montpézat (32) et Sainte-Foy-de-Peyrolières (31). Enfin Fortanier, épousa l’héritière de la grande famille d’Aspet, qui tenait une des principales baronnies du Comminges7Les armes allusives de ce seigneur sont connues par un sceau conservé au musée Paul Dupuy de Toulouse.[/Efn_note]. Quant au taureau que cite l’auteur pour respecter le nombre de pieds de son vers, doit être interprété à son tour comme une des vaches d’Aspet qui apparaissent ainsi dès 1218 dans les sources écrites.

Arnaud-Raymond, l’aîné, était seigneur d’Aspet et mourut après 1257. Le musée Paul Dupuy de Toulouse conserve dans ses réserves l’empreinte de son sceau équestre qui montre un écu mi-parti de Comminges et de deux vaches passantes. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la matrice de ce sceau était apparemment conservée dans la mairie d’Aspet, avant de disparaître. L’empreinte de cire rouge qui en reste est mentionnée à la fin du XIXe siècle par l’historien local F. Périssé8F. Périssé, Notice historique sur les armoiries de la ville d’Aspet, Revue de Comminges, 1885, p.261.[/Efn_note]. L’analyse héraldique que propose cet auteur à la fin de son article est malheureusement erronée et va participer à confondre les vaches des premiers seigneurs d’Aspet avec celles des vicomtes de Béarn. Cette erreur sera reprise
par J. Roman et entrer dans l’usage, malgré la présence des armes authentiques d’Aspet « d’or à deux vaches passantes de sable » dans plusieurs armoriaux médiévaux, comme nous allons le voir plus loin.

Différentes branches du lignage

Comme nous le disions plus haut, au commencement du XIIIe siècle, Les trois fils de Fortanier de Comminges fondèrent trois branches différentes de Comminges-Aspet. Les cadets reçurent les domaines les plus excentrés.

Roger reçut ainsi les territoires de la plaine de Garonne autour de Bérat (31) avec les villages de Saint-Elix-le-Château (31),
Saint-Michel (31), Mauran (31) et une partie de Cazères (31). Ces domaines épars du bas-comté venaient probablement de l’apanage de son père Fortanier et relevaient du comté de Toulouse9Voir à ce sujet Higounet, op. cit. p.258 n.118. [/Efn_note].

Quant À Raymond-At, il hérita de la baronnie orientale de Prat (Prat-Bonrepaux, 09), détachée des domaines anciens de la lignée maternelle, avec Betchat (09), Bagert (09), Mauvezin-de-Prat (09), Castagnède (31), His (31) et Marsoulas (31) en Couserans. Son fils Raymond-At fonda en 1273 au cœur de ce territoire, La Bastide-du-Salat (09)10L’autre bastide voisine de Lacave fut fondée la même année en paréage entre le comte Bernard IV de Comminges et deux petits seigneurs locaux, Guillaume d’Eycheil et Roger de Francazal qui tenaient peut-être ce territoire enclavé dans la baronnie de Prat par héritage de Pons de Francazal qui avait épousée à la fin du XIIe siècle la seconde fille d’Arnaud-Raymond II, seigneur d’Aspet de la première race (voir la note n°4 ci-dessus).[/Efn_note].

De son côté, l’aîné Arnaud-Raymond, qui portait le prénom lignager, continua la branche aînée des seigneurs d’Aspet. Le château d’Aspet11 Les vestiges du castrum des seigneurs d’Aspet peuvent se voir au-dessus du village actuel. Le donjon, appelé maintenant tour du Chucaou formait une roque, entourée d’une enceinte qui abritait aussi une salle. Le village actuel ne daterait que du commencement du XIVe siècle. Sur cette fortification, voir A.Coiffé, Fortifications médiévales du canton d’Aspet : le cas des sites de la Tour du Chucaou (Aspet) et du Castet (Izaut-de-l’Hôtel), in Châteaux pyrénéens au
Moyen Âge (dir. F. Guillot), Louve éditions, 2009, p.187-216.[/Efn_note], dominait une baronnie très étendue de la vallée de la Garonne au nord avec le fief de Pointís-Inard (31), jusqu’à Portet-d’Aspet (31) au sud, et d’Aspet à l’ouest jusqu’aux portes de Saint-Lizier (09) à l’est12Selon Higounet (op. cit.), La seigneurie s’étendait sur les localités d’Aspet (avec Millas,
Sengouagnet et Razecueillé (31) qui en furent détachés en 1836) , Castelbiague (31), Chein-Dessus (31), Escach (Cne d’Aspet), Estadens (31), Ganties (31), Labarthe-Inard (31), Mauvezin-de-Prat (09), Montastruc-de-Salies (31), Pointis-Inard (31) en partie, Rouède (31) et Saleich (31) en Comminges mais aussi sur les villages d’Alos (09), Montgauch (09), Portet-d’Aspet (31) et la vallée de Balaguères avec Alas, Balaguer et le Vignau d’Engomer, en Couserans. La seigneurie d’Arbas (31), qui dépendait d’un prieuré du couvent fontevriste de Longages (31) fut achetée en 1311 par Roger et Raymond-At d’Aspet et Adhémar de Mauléon. [/Efn_note].

Nous suivons le lignage jusqu’au commencement du XVe siècle sans réussir à établir de filiations sûres entre les Arnaud, Bernard ou Roger qui se succèdent dans les sources écrites. Il faut attendre la seconde moitié du XIVe siècle pour commencer à voir un peu plus clair dans la généalogie avec Raymond-Arnaud qui épousa avant 1350, Barrave de Mirepeix, héritière d’une famille du Béarn (Mirepeix, 64). Leur fils Bernard épousa une certaine Sibylle et eurent un fils nommé Roger et une fille appelée Barrave, comme sa grand-mère maternelle.

Malgré cette alliance béarnaise, les seigneurs d’Aspet suivirent naturellement le comte de Comminges dans le parti du comte Jean 1er d’Armagnac dans la guerre l’opposant au comte de Foix-Béarn, Gaston Phébus. Roger d’Aspet fit partie des nombreux chevaliers du parti d’Armagnac qui furent faits prisonniers pendant la bataille de Launac (31), le 5 décembre 136213 « Dels presoners los noms son… lo comte de Comenge,… Roger de Aspet… » In F. Pasquier et H. Courteault, Chroniques romanes des comtes de Foix composées au XVe siècle par Arnaud Esquerrer et Miègeville, 1895, p.57. [/Efn_note]. Roger dut mourir assez jeune et sans descendance car nous voyons sa sœur Barrave, intitulée Dame d’Aspet, donner en 1383 une charte de coutumes à la ville. Barrave fut active à la tête de la baronnie jusqu’en 1403.

La tour dite du Chucaou, ancien donjon du castrum d’Aspet.

L’arrivée de la maison de Coarraze à Aspet

Nous ne connaissons pas les circonstances qui menèrent la famille de Coarraze à hériter de la baronnie d’Aspet. Dans la seconde moitié du XIIIe siècle déjà, le lignage béarnais s’était implanté en Comminges en acquérant une partie de la seigneurie de Péguilhan (31)14P.E. Ousset, La maison de Coarraze, p.251 et Higounet, op. cit. p.276 et seq.[/Efn_note], probablement à l’occasion d’une alliance avec les barons de Montpezat (cne de Saint-Martory, 31).

En 1291, Raymond-Arnaud de Coarraze est mentionné comme seigneur de Bérat, preuve qu’une première alliance s’était nouée avec les Comminges d’Aspet de la branche cadette de Bérat. Charles Higounet n’écarte d’ailleurs pas l’hypothèse d’un relèvement de la branche de Bérat par Raymond-Arnaud15Higounet, op. cit. p.253 n.101.[/Efn_note].

La proximité géographique des localités voisines de Coarraze (Coarraze, 64) et de Mirepeix (64) dont les Comminges-Aspet étaient seigneurs depuis les années 1350, renforce encore l’hypothèse d’une alliance entre les deux familles qui n’aurait malheureusement pas laissé de trace dans la documentation. Certains documents engagent même à voir dans la lignée de
Mirepeix une branche cadette des Coarraze16P.E. Ousset, op. cit. p.251.[/Efn_note].

Quoi qu’il en soit, le 4 janvier 1403, Raymond-Arnaud Ier de Coarraze apparaît comme seigneur d’Aspet et procureur de Barrave, dame d’Aspet et de Mirepeix, pour confirmer les coutumes de 1383 et y ajouter quelques articles. Cela veut dire donc que Barrave était encore en vie et que Raymond-Arnaud était son héritier désigné.

Ce personnage était un des seigneurs les plus puissants du Béarn, proche du comte Gaston Phébus avant sa mort et lié à tous les événements guerriers et politiques qui touchèrent les comtes de Foix-Béarn.

Le sceau de Raymond-Arnaud I de Coarraze est appendu à une quittance datée du 15 octobre 140617Douët d’Arcq n°1883[/Efn_note].Il présente les nouvelles armes de Raymond-Arnaud en tant que seigneur d’Aspet. En effet, il montre un écartelé de l’annelet (ou plutôt de la meule?) de la famille de Coarraze18Coarraze « de gueules à l’annelet d’argent » in Rietstap.[/Efn_note] et du mi-parti de Comminges et d’Aspet, étudié plus haut.

Cette nouvelle domination béarnaise apparaît aussi dans l’écu sculpté sur la clé de voute de l’actuelle sacristie de l’église d’Aspet.

Certaines sources prétendent que les armes des seigneurs de Coarraze étaient d’or à deux brebis passantes de sinople »19P.E. Ousset notamment reprend cela à son compte, op. cit. p.252 comme le site officiel de la commune https://coarraze.fr/[/Efn_note].Quelques auteurs crurent les reconnaître dans les bêtes associées dans le mi-parti aux armes de Comminges, figurant à la clé de voute d’Aspet. Cependant, à notre connaissance, aucune source authentique n’accrédite l’usage de brebis dans les armes du lignage. Au contraire, le sceau qu’utilisa Bernard, frère aîné de Raymond-Arnaud et seigneur de Coarraze entre 1409 et 1426, montre bien un annelet, que Joseph Roman interpréta comme un fermoir20J. Roman, Inventaire des sceaux de la collection des pièces originales du cabinet des titres à la Bibliothèque Nationale, T.1, 1909, n°3281.[/Efn_note]. Ainsi, nous proposons d’identifier clairement sur cet écu les vaches d’Aspet, que le sculpteur aura représentées d’une façon maladroite.

La même composition peut se voir aussi dans sa version colorée dans l’armorial Bergshammar daté des années 1436-145021Bergshammars Vapenbok, Archives Nationales de Suède, SI/RA/720085/Z, édité par RANEKE (J.), Bergshammar-vapenboken – en medeltidsheraldisk studie, Lund, 1975, f°152v. n°2294.[/Efn_note].

L’armorial de Gilles Bouvier, un peu plus tardif (1454-1458), présente une version simplifiée de ces armes où l’écartelé associe les armes de Coarraze aux seules armes d’Aspet22BNF ms fr 4985 f°120 édité par E. De BOOS, Documents d’héraldique médiévale vol.7, Léopard d’or, 1995, n°875 et 950.[/Efn_note].

Cet  écartelé est blasonné dans l’armorial de Jehan Le Blessent, composé en 152023BNF, Bibliothèque de l’Arsenal ms 5255, f°110 v. [/Efn_note].

Ce sont les armes qui apparaissent effectivement sur le sceau du chevalier Raymond Arnaud II de Coarraze d’Aspet (1421-1464), chambellan du roi en 145624 J. Roman, Inventaire des sceaux du Cabinet des titres, n°3285.[/Efn_note].

PHOTO DU SCEAU

Cette composition apparaît encore mais avec une inversion des quartiers et une erreur sur les couleurs des quartiers 2 et 3 de Coarraze, dans les armoriaux Coislin-Séguier25 BNF ms fr 18651, f°22r, vers 1450-1500.[/Efn_note] et Clemery26 BNF ms fr 23076, f°164 v., vers 1550.[/Efn_note], comme dans une copie de la Bibliothèque de Nancy27BM Nancy ms 185 f°24. [/Efn_note] que nous reproduisons ci-dessous. Nous voyons là que l’erreur touchant le blasonnement des armes « de gueules à l’annelet d’argent » de Coarraze, changées en « d’or à l’annelet de gueules » se reproduit d’un armorial à l’autre.

Une autre version des armes d’alliance des Coarraze d’Aspet apparaît sur le sceau de Raymond de Coarraze, appendu à un acte de 144128 J. Roman, Inventairer  des sceaux du Cabinet des titres, n°3284.[/Efn_note]. Là, le choix fut fait d’écarteler l’annelet de Coarraze avec les armes pleines de Comminges, à l’exclusion des vaches d’Aspet. Ce Raymond, contemporain de Raymond Arnaud II, n’est pas clairement positionné dans la généalogie assez incomplète du lignage des seigneurs d’Aspet et nous pouvons penser que ce changement dans l’écartelé pourrait être compris comme une brisure.

La domination des Coarraze sur la baronnie d’Aspet dura moins d’un siècle. En effet, le fils de Raymond-Arnaud Ier, Raymond-Arnaud II, commença par hériter de Bernard son frère aîné, la seigneurie de Coarraze mais n’eut que deux filles de son union avec Isabelle de Castelnau-Bretenoux. Catherine d’Aspet était l’aînée et fut mariée successivement à Mathieu de Foix, comte de Comminges (+ 1453) puis à Jean de Carmaing à partir de 1460. Jeanne, la cadette, épousa en 1451 le comte Jean III d’Astarac.

À la mort de Raymond-Arnaud II, vers 1464, Catherine hérita de tous ses domaines. En 1483, en partie ruinée, Catherine de Coarraze vendit toute la baronnie d’Aspet à Jean de Foix, vicomte de Narbonne29 Sur la fin des Coarraze d’Aspet, voir Ousset, op. cit. p.258 et seqq.[/Efn_note].

Le sceau de la dernière dame d’Aspet est connu par une empreinte datée de 145730 J. Roman, Inventaire…, N°4630.[/Efn_note] qui montre une partition encore plus élaborée de l’écu avec la présence des armes de son défunt mari Mathieu de Foix associées aux siennes dans un parti de deux coupés.

Un Aspet, abbé dominicain du XIVe siècle?

Les armes associant la croix de Comminges et les vaches d’Aspet se retrouvent sur plusieurs édifices médiévaux du comté de Comminges.

Un pilier entre deux chapelles situées dans le déambulatoire du cœur de la cathédrale de Saint-Bertrand-de-Comminges (31), porte deux écus sculptés aux armes des Comminges d’Aspet. Malheureusement, la peinture qui couvre les écus ne respecte pas les couleurs d’origine.

Les crosses qui accompagnent ces écus identifient un abbé. Malheureusement, les données généalogiques sur la famille des seigneurs d’Aspet sont trop ténues pour pouvoir proposer une identification de ce personnage. Cette partie de la cathédrale est datée du XIVe siècle.

De la même époque date un chapiteau double de l’ancien cloître démoli du couvent des Jacobins de Saint-Gaudens (31), fondé en 1290. Ce vestige est exposé maintenant à l’extérieur de l’église de la ville.

Deux chapiteaux presque similaires sont conservés au Metropolitan Museum de New-York – Cloister museum. Leur origine n’est pas connue précisément mais les similitudes sont telles que nous les pensons très probablement sortis du même couvent de Saint-Gaudens. Un des chapiteaux présente la tête mitrée d’un évêque ou d’un abbé sur l’autre face, confirmant la piste d’un prélat issu du lignage, qui aurait pu appartenir à l’ordre des Dominicains31E. de Comminges, Y a-t-il des chapiteaux du cloître de Bonnefont au Metropolitan Museum of Art de New York ?, Revue de Comminges, 1980, p.581-603. [/Efn_note].

Les deux chapiteaux armoriés qui étaient présents en remploi dans une maison de Saint-Gaudens, devenu succursale de la Banque de France et qui furent un temps présentés comme provenant du cloître de l’abbaye cistercienne de Bonnefont (cne de Proupiary, 31)32E.Duméril et P.Lespinasse, Une abbaye cistercienne du Comminges – Bonnefont (Etude archéologique des restes), in Revue de Comminges, t.XXXX, 1926, p.1-70. [/Efn_note] présentaient eux aussi les armes du lignage. Mais récemment, E. de Comminges a montré qu’ils n’étaient pas issus de Bonnefont mais probablement aussi de l’ancien couvent des Jacobins de Saint-Gaudens 33E. de Comminges, Y a-t-il des chapiteaux du cloître de Bonnefont au Metropolitan Museum of Art de New York ?, Revue de Comminges, 1980, p.586. [/Efn_note].

Tous ces éléments semblent bien mener à chercher dans la lignée de Comminges d’Aspet, un abbé dominicain de Saint-Gaudens, dans la première moitié du XIVe siècle. L’obituaire de cet établissement cite plusieurs membres de la famille d’Aspet à cette époque, signe des rapports étroits que la lignée entretenait alors avec les dominicains de Saint-Gaudens 34Raymond Arnaud d’Aspet y est cité en 1334, Hélenne du Fauga et son mari Raymond-At d’Aspet de Bérat en 1391, Barrave d’Aspet et sa mère Sibylle en 1395, cité par Higounet, op. cit. p.256 note 114, J.Dupin, Célébrités, personnalités marquantes et personnes pittoresques du canton d’Aspet, 1973, p.16 à partir du fond A 31 112 H. [/Efn_note]. Nous espérons que de futures découvertes dans la généalogie du lignage viendront aider à identifier plus précisément ce personnage.35 Ch. Higounet, qui proposa l’essai généalogique le plus complet de la famille, se désolait pour autant de la grande confusion qu’il y régnait, par manque de sources écrites. Le comté de Comminges…, p.254.[/Efn_note].

Une alliance avec les Montégut de Montbrun ?

Le pays du Couserans demeura pendant le Moyen-âge dans une position de satellite par rapport au comté de Comminges voisin. Ainsi, les comtes de Comminges tenaient toute la partie occidentale du diocèse du Couserans et s’ingéraient parfois violemment dans les affaires du siège épiscopal de Saint-Lizier (09). La famille commingeoise d’Aspet dominait aussi sur une partie du pays et entretenait des alliances avec des lignées seigneuriales Couseranaises.

C’est justement une alliance avec les seigneurs de Montégut de Montbrun (Montégut-en-Couserans, 09 et Montbrun-Bocage, 31) que révèle probablement les armes peintes à la voute du cœur de la vieille cathédrale de Saint-Lizier, et datables de la première moitié du XIVe siècle.

Représentées sur les quatre écus les plus proches de la clé de voute, ces armes peuvent se blasonner « écartelé aux 1 et 4 mi-parti d’argent à la croix pattée de gueules à la bordure du même (Comminges) et d’or à deux vaches passantes de sable (Aspet) ; aux 2 et 3 d’or à trois chevrons de gueules au lambel de cinq pendants de sable brochant ».

Si les deux quartiers aux armes des Comminges d’Aspet ne font pas de doute, l’identification des quartiers 2 et 3 comme armes des Montégut de Couserans demeure hypothétique. Notre hypothèse s’appuie sur l’analyse de l’écu de Thibaut d’Espagne de Lévis, arrière-petit-fils d’Anglesie de Montégut, dame de Montbrun et héritière de Bernard de Montégut, dernier représentant mâle de sa maison. Les armes de Thibaut sont connues grâce à l’armorial de Gilles Bouvier. Ils représentent un écartelé où nous reconnaissons les armes paternelles d’Espagne-Montespan et maternelles de Lévis, mais le troisième quartier « d’ or à deux chevrons de gueules » semble tout droit hérité des Montégut de Montbrun, comme nous avons essayé de le représenter sur ce tableau généalogique.

La présence de ces armes en position éminente à la voute du cœur de la cathédrale de Saint-Lizier nous invite à y voir l’écu d’un des deux évêques de la maison de Montégut de Montbrun qui occupèrent le siège dans la première moitié du XIVe siècle. Ainsi, Bernard de Montégut, évêque de 1303 à 1309 ou son probable neveu Raymond de Montégut, qui occupa le siège entre 1329 et 1336, pourraient être à l’origine de la présence de ces écus ici. Le fait que cet écu soit ici associé aux armes de l’évêque Auger de Montfaucon (1279-1303) mène à privilégier l’hypothèse la plus ancienne, celle de Bernat de Montégut, mais l’évêque Raymond de Montégut apparaît quelquefois aussi affublé du cognom d’Aspet dans certaine listes épiscopales. Si tel était le cas, cette alliance Aspet-Montégut remonterait probablement à la génération des parents de ce prélat, soit dans le troisième quart du XIIIe siècle. Cependant, Peut-être qu’un jour, certaines découvertes viendront confirmer ce qui ne demeure pour l’instant qu’une hypothèse séduisante.

Au terme de notre étude sur les armes des seigneurs d’Aspet de la première race, puis de la branche comtale de Comminges et enfin de la maison de Coarraze, nous mesurons les zones d’ombre qui demeurent et nous empêchent d’avoir une connaissance plus fine, notamment des généalogies de ces familles de la noblesse pyrénéenne. Cependant, ce cas nous révèle une intéressante évolution d’armes de la fin du XIIe siècle à la fin du XVe siècle associant dans des partitions diverses et assez complexes les armes des lignées successives qui furent maîtres de cette partie centrale du comté de Comminges.

  1. Sur ce personnage, voir Ch. Higounet, Le comté de Comminges de ses origines à son annexion à la couronne, rééd. L’Adret, 1984, p.45 et seq. [/Efn_note] eut trois fils de sa femme Laurence, fille du comte Alphonse Jourdain de Toulouse. Au mois de mai 1176, il décida de quitter le siècle pour se faire chevalier du Temple de Montsaunès (31). Nous avions vu comment cette conversion fut probablement à l’origine de l’ajout d’une croix pattée de gueules, inspirée de la templière, aux armes originelles de la maison de Comminges1A lire sur https://eraldica-occitana.com/istoria-eraldica-deths-comtes-de-comenge-prumera-partida/
  2. Sur l’histoire de la baronnie d’Aspet, voir P.E. Ousset, La seigneurie ou baronnie d’Aspet, suivi de Les seigneurs d’Aspet, Revue de Comminges, 1971, p.115-123 et 251-262 étude reprise par Higounet, op. Cité, p.249-259. [/Efn_note]. Nous ne connaissons malheureusement pas le nom de cette femme.

    Fortanier de Comminges d’Aspet et ses fils

    Fortanier apparaît dans le cartulaire de Montsaunès après 1180. Comme nous l’avons dit, il épousa la fille héritière d’Arnaud-Raymond II d’Aspet, mort probablement à la troisième croisade (1189-1192)3Arnaud-Raymond II d’Aspet avait une autre fille qui fut mariée à un petit seigneur de la movance d’Aspet, Pons de Francazal.[/Efn_note]. Ils eurent au moins trois fils : Arnaud-Raymond, Raymond-At et Rogier4Higounet, p.250-251. [/Efn_note].

    Ils participèrent tous les trois à la guerre de résistance contre les croisés de Simon de Montfort puis contre le roi de France.

    Ainsi nous trouvons en septembre 1217 Raymond entrant dans Toulouse avec son oncle Bernard IV de Comminges et l’armée du comte Raymond VI de Toulouse (Canso, XXVII, laisse 183).

    Son jeune frère Roger faisait partie de l’avant-garde de l’armée du comte Raymond VI et participa au combat de La Salvetat (Cne de Saint-Julien-sur-Garonne, 31) contre les croisés de Joris, un lieutenant de Monfort (Canso, XXVI, laisses 181 et 182). Il y tua le chevalier croisé Aynart de la Beche que nous n’avons pas pu identifier. Il se fit capturer dans les mois suivants, et est mentionné comme prisonnier en 1218, quand son frère Raymond-At et son cousin, le jeune Bernard de Comminges, poursuivaient la troupe du même Joris (Canso, XXXVII, legs 209).

    Leur frère aîné, Arnaud-Raymond, participa lui à la défense d’une barbacane, pendant le siège de Toulouse de 1219 (Canso, XL, laisse 214).

    C’est justement un passage de la Canso de la Crosada qui évoque pour la première fois les armes d’Aspet (Canso, XXXVII, laisse 209, lignes 84-87). L’auteur y mentionne les armes des principaux chevaliers de l’ost de Comminges, lancé à la poursuite du croisé Joris pendant l’été 1218.

     » E cant li Frances viron los senhals esclarzitz

    Ela crotz e la penche el taur e la berbitz

    E las autras ensenhas dels baros enarditz

    E las bonas companhas, que los an perseguitz… »

    Nous y reconnaissons notamment la croix du Comminges, portée par Bernard, le fils du comte, comme le bélier d’Espan de Lomagne5Les vicomtes de Lomagne tenaient la seigneurie de Pointis-de-Rivière ( 31) qui dépendait alors du comté de Comminges. Voir P.B. Manent, Les vicomtes de Lomagne seigneurs de Pointis-de-Rivière XIIe et XIIIe siècles, Revue de
    Comminges, 1994, p.463-488. [/Efn_note], changé en brebis pour la rime6 La famille de Lomagne a une histoire héraldique complexe, qui demeure à écrire,où coexistent les béliers, la fleur de lis et enfin le lion que nous leur
    connaissons traditionnellement.[/Efn_note], et le peigne d’Inard de Pointis

Catégories