Puylaroque, église et village

Puylaroque, Quercy, Guyenne

Le village quercynois de Puylaroque (82) a gardé jusqu’à aujourd’hui son caractère médiéval. Bâti sur un plan régulier de bastide, ce bourg assez important fut le siège d’un baillage à partir de 1259. Juché sur un mont dominant ce coin de Quercy Blanc, ce point fortifié (roque) permettait la surveillance de toute la plaine à l’entour1.

Le bâtiment appelé « La Citadelle » garde le souvenir de cette fonction militaire.

La Citadelle

L’église paroissiale dédiée à Saint Jacques a gardé quelques vestiges du passé héraldique de la région.

Nous passerons rapidement sur la présence dans un vitrail de l’écu adopté par la communauté en 1696 sous la pression de l’administration fiscale de Louis XIV et que nous trouvons dans l’Armorial Général de France de Louis d’Hozier2. Ces armoiries, inventées de toute pièce sur un jeu de mot à partir de la déformation française du toponyme, se blasonnent « d’azur au puit (pour puy) d’argent maçonné de sable, posé sur une roche (pour roque) aussi d’argent ». Elles peuvent aussi s’observer sur les panneaux des noms de rues du village.

On retrouve ce puit sur les armoiries de la communauté des chapelains qui officiaient dans la chapelle dédiée à Notre Dame à l’intérieur de l’église. Cet écu apparaît d’ailleurs sur une plaque touristique récente accrochée au mur de cette chapelle.

AGF vol.XV, Languedoc II, p.1357.

L’évêque Bernard de Carit.

Cette chapelle gothique dédiée à Notre-Dame-des-Grâces intéressera plus l’héraldiste amateur avec sa clé de voûte armoriée sur laquelle demeurent quelques traces de polychromie. On peut y observer un écu portant un lion contourné sous un chef chargé de cinq losanges. Le champ de l’écu présente des restes de peinture bleue.

Cette chapelle fut ajoutée à l’édifice vers 1364 par Bernard de Carit, alors chanoine de Saint-Séverin de Paris, originaire de Puylaroque3. Ce personnage était issu d’un lignage local d’origine plutôt modeste. En effet, en 1388, les Carit tenaient simplement les mas de Somplessac (cne de Puylaroque) et Gaufrezias (non identifié) en fief d’Olivier de Béral, seigneur de Vaylats (46).

Bernard était le fils de Gaillard de Carit et avait deux frères Hugues et Raymond, qui tenaient le rang de chevaliers en 1362. Son oncle, Bertrand de Carit, chanoine et archidiacre de Lavaur en 1318, entra rapidement dans l’administration financière papale, probablement dans le sillage du pape quercynois Jean XXII. Homme de confiance, il fut chargé par le pape Benoît XII de distribuer les 6 000 florins d’or de charité attribués aux pays de Vermandois et Cambrésis dévastés par la guerre en 13404.

Dès l’an 1352, Bernard succéda à son oncle comme collecteur apostolique dans les provinces de Sens et Rouen et devint archidiacre d’Eu et plus tard évêque d’Evreux (1376-1383) jusqu’à sa mort survenue au mois d’août 1383.

Max Prinet consacra un article entier au sceau de Bernard de Carit, évêque d’Evreux5. Le célèbre sigillographe y contredisait définitivement l’identification de ce prélat sur une série de vitraux de la cathédrale d’Evreux grâce à son sceau héraldique qui ne correspondait pas aux armes présentes sur les baies du commencement du 15e siècle. Il s’appuyait pour cela sur les dessins que l’érudit Gaignères avait fait en son temps de trois sceaux de ce personnage. Un de ces sceaux que Bernard de Carit utilisa de 1364 à 1373 figure d’ailleurs dans l’inventaire des sceaux de la collection du cabinet des titres de la Bibliothèque Nationale réalisé par J.Roman sous le n°2509 6 , comme dans l’inventaire de la collection Douët d’Arcq (n°7799)7 dont nous donnons une image ci-dessous.

Nous reproduisons aussi ci-dessous un des dessins de Gaignères8 qui montre bien les armoiries de Carit représentées sur les deux écus présents sur le deuxième sceau de Bernard de Carit, comme collecteur des revenus de la chambre apostolique (depuis au moins 1352).

Nous voyons que nous y retrouvons la composition de l’écu présent sur la clé de voûte de la chapelle, mais avec le lion rampant traditionnel et non contourné.

Dans le sillage de Bernard, la famille de Carit réussit à placer plusieurs de ses cadets à des fonctions ecclésiastiques normandes : Guillaume, chanoine de Rouen en 1362, Nicolas, Promoteur de la cour archiépiscopale de Rouen en 1386…

En Quercy, le lignage promu par les fonctions auprès de la papauté d’Avignon9 prospéra. Comme pour plusieurs familles quercynoises, les hautes fonctions ecclésiales des cadets profitèrent à l’ensemble de la parentèle. Comme nous l’avons vu, les de Carit tenaient déjà des parts de la seigneurie directe du tènement de Puylaroque et ils acquirent par la suite les seigneuries de Labastide-de-Penne (82) et de Belmont-Sainte-Foi (46) et c’est l’écuyer Raymond de Carit qui octroya ses coutumes à la communauté des habitants de Labastide en 149510.

Ils se maintinrent jusqu’au 17e siècle11 quand la majeure partie de leurs domaines passa à la famille de La Burgade de Lalbenque avec le mariaga de Paule, fille et héritière de Jean de Carit, seigneur de Belmont, avec Antoine de La Burgade, coseigneur de Lalbenque12.

Ainsi les armoiries de la famille de Carit présentes sur notre clé de voûte se retrouvèrent dans l’écartelé adopté par les La Burgade13 : « écartelé aux 1 et 4 d’azur à trois coquilles d’argent chargée chacune d’une croisette de sable ; aux 2 et 3 d’azur au lion couronné d’or au chef cousu de gueules chargé de cinq losanges d’argent ».

Nous trouvons ici la confirmation de la couleur bleue du champ de l’écu qui peut se deviner sur la clé. Quant au lion contourné, il arrive que des lions apparaissent ainsi sur des représentations héraldiques monumentales mais leur emploi dans l’héraldique était en fait assez rare. Comme l’ont montré les sceaux de Bernard de Carit, il faut bien voir dans les armoiries de Carit un lion rampant traditionnel. Nous proposerons donc de les blasonner ainsi : « d’azur au lion d’or au chef cousu de gueules chargé de cinq losanges d’argent ».

La famille des Prés de Montpezat.

Une autre famille dominante à Puylaroque et dans le pays à l’entour pendant le Moyen-âge fut les des Prés de Montpezat que nous avions déjà rencontrés précédemment14. Nous trouvons leurs armoiries représentées dans un « parti (d’or) à trois bandes (de gueules) au chef (d’azur) chargé de trois étoiles (d’or) et de … à la croix cléchée et alisée de … accompagnée de quatre étoiles de … » sur un écu semblant assez récent dominant une niche aménagée dans le mur du chœur. Il faut dire que cette niche accueille une partie du trésor de l’église Saint-Jacques, où l’on peut observer un reliquaire du 14e siècle appelé « reliquaire du Saint Voile » sur lequel sont représentées les armoiries de la famille des Prés de Montpezat.

Avant de quitter le sanctuaire, on peut signaler la présence, derrière l’autel, d’une plaque armoriée qui présente malheureusement un écu complètement bûché par les marteaux révolutionnaires et enfin, ce qui semble être le vestige d’une ancienne litre funéraire sur les murs du couloir menant à l’entrée secondaire nord.

En continuant la promenade par les jolies rues du bourg, on peut contempler plusieurs maisons bourgeoises des 13e et 14e siècles où l’héraldique se devine de-ci de-là, comme on peut le voir sur les photos suivantes.

Olivier Daillut-Calvignac

  1. Il est maintenant admis de tous que le village de Puylaroque n’eut pas à subir les assauts de l’armée croisée menée par l’évêque de Cahors en 1209 comme ont pu l’avancer les auteurs anciens. En effet, G.Séraphin a démontré que le village martyr en question était Bigaroque en Agenais. Voir G.Séraphin, « Bigaroque et la Croisade contre les Albigeois, note intégrée aux Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, tome LVII, 1997, Toulouse, 1997, pp.227-228.
  2. AGF vol.XV Languedoc II, p.1293.
  3. Excursion à Caussade, Septfonts et Puylaroque » in Bulletin de la Société Archéologique du Tarn et Garonne, Tome XXIV, 1896
  4. L.Carolus-Barré, « Benoît XII et la mission charitable de Bertrand Carit dans les pays dévastés du nord de la France – 1340 » in Mélanges d’archéologie et d’histoire vol. n°62, 1950, pp.165-232 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mefr_0223-4874_1950_num_62_1_7358
  5. M. Prinet, Sceaux de Bernard Carit, évêque d’Evreux, dans la Gazette numismatique française, 1911, p.319-326.
  6. J.Roman, Inventaire des sceaux de la collection du cabinet des titres de la Bibliothèque Nationale, Paris, 1909.
  7. DOUËT-D’ARCQ (M.), « Collection de sceaux », Série Inventaires et Documents, 3 volumes, Paris 1863.
  8. BNF ms latin 5417 f°84v https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10036406v/f76.item.r=latin%205417.zoom
  9. Un acte de 1375 mentionne l’hôtel de Bernard de Carit situé devant l’oratoire de Notre-Dame-des-Miracles d’Avignon, voir E.Forestié-Neveu e A.Galabert, «Prélats originaires du Tarn-et-Garonne, in Bull. archéologique et historique de la Société archéologique du Tarn-et-Garonne, 1894, p.184.
  10. M. Pottier, Les chartes de coutumes de Tarn-et-Garonne, in  Bull. archéologique et historique de la Société archéologique du Tarn-et-Garonne, 1889 p.225.
  11. On trouve par exemple en 1614 un Antoine de Carit et sa femme Gabrielle d’Agens, seigneurs de Puechmignon (cne de Laguépie, 82) in Bull. archéologique, historique et artistique de la Société archéologique du Tarn-et-Garonne, 1916, p.162.
  12. http://www.chateau-fort-manoir-chateau.eu/chateaux-lot-chateau-a-belmont-chateau-de-belmont.html
  13. L.Esquieu « Essai d’un armorial quercynois », 1908, reed. Lafitte, Marselha, 1975, p.154.
  14. Voir notre article sur Montpezat-de-Quercy https://eraldica-occitana.com/montpesat-de-carcin-collegiala-sant-martin/

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