Cheylard-L’Evêque et son blason

Cheylard-L’Evêque, Gévaudan, Languedoc

La commune de Cheylard-L’Evêque est située à 12 km au sud-sud-ouest de Langogne, sur le contrefort nord, et à l’orée de la forêt de Mercoire (11.000 ha).  Elle est bordée à l’est par Luc, au nord, par Saint-Flour-de-Mercoire et Rocles, à l’ouest par Chaudeyrac, au sud par Chasseradès et Saint-Frézal-d’Albuges. Sa superficie approche les 3000 ha s’étendant entre 1055 et 1491 m d’altitude. 

Outre le centre-bourg, la commune compte, du nord au sud, les hameaux de Sagnerousse, de Laubarnès, la ferme de Mercoire (ancienne abbaye) et une  implantation  récente, le Domaine de la Gardille soit au total 63 habitants au dernier recensement. La population est en légère augmentation depuis 1999. A titre de comparaison, la population de la commune était de 410 habitants en 1910, 508 habitants en 1826, et estimée à 484 habitants en 1785.

Eglise du Cheylard

La commune est traversée par le  ruisseau du Cheylard, le GR 70 (Chemin de Stevenson) et le PR 470, lequel assure la liaison entre Lozère et Haute-Loire, via l’Allier. Deux gites et un café accueillent randonneurs et promeneurs. Une chapelle dédiée à Notre-Dame-de-Toutes-les Grâces  a été érigée sur un piton rocheux en 1862. Elle donne lieu à une procession annuelle, le 15 août.

Une association culturelle l’AREC (Association pour le Renouveau Cheylardais), et l’association des Amis du patrimoine de Langogne et ses environs, contribuent à animer le terroir.

Un peu d’histoire…

Etymologiquement, selon Paul Fabre1, la présence d’un château est manifestée par le diminutif de « castellum» avec le suffixe « are ». Pour Georges Massot2, « cheylard » dériverait du latin tardif  « castellare » qui a donné en nord-occitan « chaslar/chailar » signifiant « rempart de château ». L’abbé Pierre Savoie3 confirme ces analyses.

Dans « Feuda Gabalorum » (Les Fiefs gévaudanais), de septembre 1307, il est mentionné le « castrum de Caslari ». Le vocable « l’évêque » fut ajouté en 1321, lors de l’achat du terroir au seigneur de Randon, par l’évêque de Mende, Guillaume VI Durand. Au début du 13e siècle, une abbaye de moniales cisterciennes fut créée sous le vocable de Notre-Dame de Mercoire, « in loco silvestri, inhabitabile et deserto », à la demande des seigneurs de Randon, sous l’épiscopat de Guillaume IV de Peyre. Les religieuses qui se succédèrent jusqu’à leur dispersion en 1792, étaient toutes d’extraction aristocratique.

Durant la seconde moitié du 18e siècle, la prieure  sœur Marthe de Boucharenc de Monchan, cousine de Jean Bruno de Frévol de Lacoste,  lieutenant-colonel, commandant pour le roi dans les villes de Pradelles, Langogne et montagnes du Vivarais, du Velay et du Gévaudan, entretint une correspondance régulière avec ce dernier4. En janvier 1765, elle lui fit part de l’attaque de deux enfants par « la Bête » (du Gévaudan), sur le chemin de Châteauneuf à Arzenc. En janvier 1773, elle lui annonça le terrible incendie qui venait d’endommager gravement  l’abbaye. Les bâtiments actuels ont été reconstruits dans les années suivantes, avec l’aide d’une dotation du cardinal Paul d’Albert de Luynes.

Le projet de création d’armoiries communales…

Sept années se sont écoulées depuis que Philippe PIN, maire de la commune, avait confié, en décembre 2015, à Pierre Clavel, conseiller municipal, le soin de mener à bien le projet de création d’un blason.

Sur la base d’une première proposition élaborée par Jean-Claude Molinier, après plusieurs échanges et la lecture d’un article de la Revue française de généalogie, nous avions décidé de solliciter l’imprimatur de la Commission nationale d’héraldique (CNH) du ministère de la Culture, comme l’avaient déjà fait plusieurs collectivités dont Cassagnas, en Lozère.

Après avoir recueilli un utile avis de Bernard Velay, membre de la Société française d’héraldique et de sigillographie, la commune a présenté une première maquette électronique à la CNH, laquelle, par la plume de Magali Lacousse, conservatrice en chef du patrimoine, a suggéré plusieurs modifications et recommandations qui ont incité la municipalité à se rapprocher, en 2018, de la section « Arts graphiques » du lycée Saint-Pierre Saint-Paul de Langogne pour élaborer un nouveau projet. Et c’est ainsi qu’il sera patiemment élaboré, issu du travail des élèves de première AMA (artisanat et métiers d’art en communication) sous la houlette de leurs enseignants. Les échanges longs et constructifs entre la commune, le lycée et la CNH ont conduit à proposer une version de blason dite « à parti », c’est-à-dire un blason coupé en deux verticalement, montrant à gauche, la crosse en or de l’évêque et à droite, les montagnes vertes, deux éléments caractéristiques de l’histoire et de la géographie du territoire communal.

Nous commencions à toucher au but, au printemps 2020, quand la conjonction de la covid 19, des élections municipales et de la refonte de la CNH a rallongé les délais. Le nouveau maire, Patrick Ferrérès a poursuivi la démarche, et c’est Bastien Chastagner, successeur de Magali Lacousse qui lui a annoncé la bonne nouvelle, le 23 novembre 2021 : la CNH a prononcé, sur le projet de blason, un avis favorable de conformité aux règles de l’héraldique, en félicitant la commune d’avoir associé le lycée de Langogne.

La description dudit blason est la suivante :

« Parti ; au 1, de sinople à une crosse d’évêque d’or ; au 2, d’or à deux montagnes de trois coupeaux de sinople posées en pal.« 

La lecture nécessite de se mettre à la place du porteur du blason. Le parti à dextre (à gauche sur le blason) s’énonce le premier. Dans le cas présent, sa couleur est verte (sinople en langage héraldique) et le meuble est une crosse d’évêque de couleur or. Le parti à sénestre (à droite sur le blason) est de couleur or : les meubles sont composés de deux montagnes vertes, à trois monts (coupeaux), posées en pal, c’est-à-dire l’une sur l’autre.

Pierre Clavel, août 2022

  1. FABRE Paul, Noms de lieux du Languedoc, Editions Bonneton, 1995.
  2. MASSOT Georges, Le monde alpin et rhodanien, Revue régionale d’ethnologie, Nommer l’espace, n° 2/4, 1997. L’auteur indique que  le terme « cheilar » peut désigner aussi un lieu élevé (promontoire, oppidum…) dont l’aspect rocailleux  ruiniforme faisait penser à des tours ou remparts.
  3. SAVOIE Pierre, Si Chaudeyrac m’était conté, 1999.
  4. Fonds CHAUMEILS et FREVOL de LACOSTE (110 J), Archives départementales de la Haute-Loire.

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